Arts et spectacles

  • Cinéma

    Tanguy Viel

    Celui qui se présente ici comme narrateur en est donc réduit à parler d'un film, d'un seul film, du même film qu'il a vu des dizaines et des dizaines de fois. Toute remarque, tout commentaire, il les a notés, consignés dans un cahier, jour après jour. Son existence est minée par le film. Ses goûts et ses jugements, il les doit au film. Ses amis comme ses ennemis, il les doit à l'opinion qu'ils se sont faite sur le film. À vrai dire, sa vie ne tient qu'à un film.

    Évidemment, Cinéma est un roman, et l'on se doute qu'il ne s'agit pas de parler d'un film, de discourir sur un film. Il s'agirait plutôt d'une tentative renversée d'adaptation, au sens où ce mot est employé lorsqu'un cinéaste s'empare d'un livre, un livre qui le hanterait au point qu'il lui faille aussi en finir avec cette fascination, s'en débarrasser en tâchant d'en percer le mystère. En finir, en somme, à la manière du limier attaché aux basques de l'assassin, avec ce rapport d'admiration-répulsion que les meilleurs détectives de la littérature policière entretiennent toujours avec l'homme qu'ils chassent pour le rabattre vers le lecteur jusqu'à l'hallali final.
    Bertrand Leclair, Les Inrockuptibles.

  • « Nous autres, critiques de cinéma, il faut dire, sommes des êtres plutôt roués au combat esthétique, endurcis par le métier, par ce monde impitoyable du jugement de goût, où il faut savoir s'imposer, si je puis dire, en tant qu'homme si l''on veut, à terme, imposer ses choix. C'est un point qu'il faudrait que je développe à l'occasion, la virilité à l'oeuvre dans la critique de cinéma. » Est-il envisageable, pour un cinéphile passionné, de livrer à une revue qui le lui a demandé la liste de ses 10 films préférés ?
    C'est l'occasion en tout cas pour Tanguy Viel de revisiter, avec beaucoup d'humour (et dans la lignée de son livre Cinéma, réécriture du film Le Limier), son panthéon cinématographique. Dans les affres du choix, une image chasse l'autre, un film se hisse au sommet du top ten et fait glisser le reste de la liste, et Hitchcock, le plus grand des cinéastes, est bientôt détrôné par Murnau, déchu à son tour par Rossellini...
    En parallèle, Florent Chavouet, illustrateur remarqué pour son récent livre Tokyo Sanpo, invente 10 affiches pour ces films, et en donne ainsi à son tour une version personnelle.

    Ce double détournement, aussi passionné que comique, donne lieu à un très bel hommage au cinéma et à la cinéphilie.

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